jeudi 26 juin 2008

Hommage à Pierre, mon compagnon

Au lieu de me mettre en colère,
- parce-que la fête de la musique devient une course entre la musique électrifiée, les flics exacerbés, la croix rouge presqu' inutile, et les parisiens bourrés et tristes (mais sans doute, n'étais je pas au bon endroit!),
- parce-que mes voisins d'atelier "pompeur du peu d'air qu'il nous reste" n'ont d'autre éducation que le fric, la com, la photo qui rapporte, sans aucun respect, ni de nous, ni du jardin que nous avons crée et que nous entretenons tous les jours,
- parce qu'il n'y a pas une ligne sur les "Arts Plastiques" (dont je fais totalement partie) dans le bulletin officiel du Ministère de la Culture et de la Communication (dont je paye l'existence comme nous tous, imposables!) qui se gargarise de répondre à cette merveilleuse question: "Où en est la création européenne?" par 8 paragraphes dont les titres sont: Musiques, Architecture, Photographie, Design, Graphismes, Scènes, Littérature, Cinéma et Vidéo, (Et nous? Et nous?)........
.......Et, après une belle discussion avec Djaipi, ami bien cher, j'ai pris conscience que, non seulement je me faisais du mal à être en colère mais plus encore à être en colère contre le fait de m'être mise en colère!........Et que la vie tout autour de moi n'en avait cure!!!! J'ai compris que sans doute, ma colère prend racine dans le fait que le temps est inéxorable et que la mort est ultime, que le monde change, que ma nostalgie du temps de "avant" reste très vive et que le "ici, maintenant" est encore, pour moi, bien souvent plus un concept qu'une réalité... Dur à dire et à vivre, malgré tout...Mais les portes sont à franchir, c'est le chemin choisi!
Le Morvan pendant quelques semaines va remettre la vie dans sa vérité présente!

Alors, avant de partir sur ma petite montagne, je retranscris un hommage à Pierre Peignot,(écrit par Jacques Reda), celui qui a été mon compagnon de vie, de sculpture et de rêve, le papa de mon Alice préférée, et qui nous a quittés en ces jours ci, il y a déjà 6 ans...
Au Jardin du Luxembourg, vous pouvez voir le portrait de Mendès France, qu'il a coulé en bronze et qui a été inauguré par Mitterrand lui même...







Et voici se très beau texte écrit par Jacques Reda (Gallimard 1998)
, déniché par son ami Sam, sculpteur de pierre, lui aussi....

"...Quand on traverse d' Est en Ouest le Luxembourg dans sa partie méridionale, il est certaine allée où, tout à coup, on découvre l'éffigie du président Mendès France. Il se tient debout, grandeur nature ou presque et, si on l'avait peint, la rencontre serait absolument saisissante. Mais on lui a laissé la couleur du métal dans lequel on l'a fondu, d'un bronze un peu sombre et doré comme celui des insectes qui, non loin de là, bourdonnent au printemps sur des essaims de vieilles dames éprises d'apiculture. Bronze est la teinte de la gloire austère et de l'immortalité. Elle sublime ce qu'elle recouvre. C'est pourquoi le sculpteur n'a pas hésité à se montrer en même temps d'un subtil réalisme dans le choix du vêtement. Il n'a pas habillé Mendès d'un drapé emblématique, ni toutefois d'un complet veston qui l'eut fait ressembler à un mannequin de confectionneur. Il ne l'a pas non plus représenté nu, comme une pure allégorie. Avec un sens inné de l'exactitude historique et de la dignité intemporelle de l'être humain, il l'a revêtu de cet avatar moderne, de la toge qu'est la gabardine. Idéale pour la demi-saison, elle convient aussi en hiver car elle peut être doublée. L'été, pourtant, seuls les tempéraments les plus délicats s'en munissent, et celle ci surprend parmi tant de personnes de tous âges, de toutes complexions, qui trottent en tenue légère ou se répandent le ventre à l'air au soleil sur les pelouses. Mais c'est précisément alors, peut être, que la gabardine (abusivement associée à des emplois pervers) devient un sybole de bienséance discrète et de sérieux sans affectation. Elle suggère le confort honnête, un rien de stoïcisme sous les chaleurs (ou de vaillance par les basse températures), et même quelque chose d'un peu sportif, avec sa coupe bien adaptée au mouvement naturel de la marche. Neutres en général, ses nuances ne cherchent pas même à passer inaperçues, à cause d'une touche de distinction (qu'est ce que le beige, sinon un bronze pastellisé, pâli) qui les fond dans le milieu, sans arrière pensée de camouflage. La gabardine a, par essence, quelque chose de démocratique, civique, républicain. Il est juste que le renom et la stature modeste de cet homme illustrent, sobrement, la grandeur de la gabardine. "

C'est superbement écrit et je crois que cet écrivain a su deviner Pierre, le grand sculpteur si humble et si amoureux des pierres, (son matériau préféré) et d'un monde plus juste comme l'aurait voulu Mendès France aussi. Un autre portrait de Mendès France, tout en taille directe dans une pierre de Bourgogne se trouve à Nevers (Nièvre), son pays natal.

Bel été.... et si vous passez par le Morvan, arrêtez vous à la fontaine....

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